La Carrosserie dans l'Art

May 6, 2017

Si j’avais une déclaration d’amour à faire (à l’exception faite de mon épouse et de mes enfants), ce serait pour l’Art. Cet Art, à qui je ne peux m’empêcher de mettre un A majuscule, tant son influence est majeure dans ma vie et dans celle de tant de personnes sur cette planète.

L’Art est infini, il est multiple et peut se cacher dans toute création humaine, même la plus insipide. L’Art n’a pas d’âge, pas de taille, pas de sexe, il est par essence insaisissable et inqualifiable. Mon propos ne sera donc pas de le circonscrire, mais d’en aborder l’une de ses composantes majeures, la sculpture.

Depuis mon plus jeune âge, je suis émerveillé par la sculpture grecque, par les quelques fragments de l’œuvre de Praxitèle qui ont réussi à traverser les âges jusqu’à nous, par la légende qui entoure Phidias et par tous ces anonymes qui nous ont laissé des beautés absolues, dont le nom est attribué au lieu où on les a découvertes (Vénus de Milo, Victoire de Samothrace). Ces sculpteurs de l’éternité ne sont évidemment pas les premiers à avoir modelé la matière pour donner corps à leur imagination. Que ce soit les sculptures cycladiques du Grotta-Pélos, ou plus loin encore celles de la préhistoire (la dame de Brassempouy), ou bien les artistes d’autres civilisations ou d’autres continents, la sculpture a toujours pris aux tripes l’humanité, du plus humble au plus esthète.

Elle a traversé les époques sans que jamais son attraction ne faiblisse. Citer tous les sculpteurs qui ont jalonné ces temps les plus reculés jusqu’à aujourd’hui serait un exercice des plus difficiles tant l’humanité peut en compter. Je ne m’y hasarderai donc pas, afin de me focaliser sur cette nouvelle forme de sculpture, sur cette extension de l’Art qu’une petite frange d’intellectuels passéistes ne reconnaît pas encore.

La sculpture qui m’intéresse dans ce propos est un nouveau genre apparu au 20e siècle et qui de l’avis d’un grand nombre est sans doute l’une des branches majeures de cet Art figuratif. On trouvera bien évidemment des intégristes du burin, des fondamentalistes du marbre et de toutes autres matières nobles, pour refuser d’intégrer à la sculpture des œuvres artisanales, voire industrielles. Pourtant, même si le 20e siècle n’a pas été avare en artiste du modelé, cette branche-là est sans doute et de loin celle qui a touché, en chiffres cumulés, le plus d’hommes, de femmes et d’enfants. La carrosserie automobile, car c’est bien d’elle dont il s’agit est une partie intrinsèque de l’Art, elle fait rêver depuis qu’elle existe et suscite aujourd’hui comme hier, du bonheur à ceux qui l’admirent. Elle vulgarise le beau, l’emmène dans les contrées les plus reculées et fédère les hommes et femmes de toutes tendances politiques ou religieuses autour d’elle. L’Automobile est universelle, elle ne connait pas de frontières et suscite autant de plaisir que de joie.

Elle est de toutes les sculptures du 20e, celle qui est allée le plus loin, celle dont l’exubérance de Saoutchik, la vision de Figoni, le génie de Bertoni ou le classicisme de Ian Callum ont porté la carrosserie automobile à un degré de beauté et d’universalité que très peu de courants artistiques ont, ne serait-ce que frôlé.

Qu’il n’y ait cependant pas de méprise dans mon propos, Michel-Ange, Cellini, Donatelllo, Rodin ou César sont des génies absolus que l’histoire retiendra dans la postérité, plus sûrement que l’immense Saoutchik, mais jamais ils n’atteindront le même engouement de masse que l’Automobile suscite autour d’elle. Jamais ils n’approcheront cette dimension populaire que possède l’Automobile. Ces génies de la sculpture ne sont certes pas l’apanage des élites, mais une partie de la population leur échappe et leur échappera toujours. La beauté qu’ils transcendent aura beau être universelle, en tant que sculpteurs, cette universalité leur échappera toujours, car certains États se doivent de nier l’accession de leurs peuples à l’Art, afin de les conserver dans l’obscurantisme et sous leurs coupes. C’est que l’Art suscite des émotions, qu’il faut assimiler. Il est vecteur d’introspection, il donne à penser et penser n’est pas encouragé dans toutes les parties du monde. L’automobile, elle, n’est pas en cela une menace, car elle suscite des émotions basiques qui ne subissent pas les foudres de la censure.

Dire donc, aujourd’hui, que la carrosserie automobile fait partie intrinsèque de l’Art et de la sculpture n’est plus une hérésie. Qui d’ailleurs, pourrait nier que le galbe d’une aile suscite autant d’émotion que celui d’un sein. Qui pourrait nier, dans cet amas de tôle qui n’a plus rien d’informe, toute la poésie qui transpire de chaque courbe, tout ce chatoiement de couleurs qui met en exergue les volumes, toute cette débauche de produits plus nobles les uns que les autres (chrome, inox, cuir, boiseries) qui viennent mettre comme un point final à l’excellence industrielle que l’Automobile représente.

« Lorsque la misère humaine nous pleut sur le coin de l’oreille, il n’est pas de meilleur parapluie que l’Art. »

 

Nicolas Nasica

 

 

 

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